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(de Valentin Villenave)

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Fabriquons nos exercices

lundi 7 septembre 2015, par Valentin.

Où une élève de sept ans rédige son propre exercice de piano, et enseigne une leçon importante à son professeur.

Alors ça les amis, voilà qui n’est pas ordinaire.

Oriana a sept ans (sept ans et demi, tient-elle à préciser) ; elle est entrée dans ma classe de piano il y a tout juste un mois (dont deux semaines de congés scolaires) et elle vient de me jouer... un exercice qu’elle a écrit elle-même dans son cahier.

Voici la partition, reproduite avec son autorisation :

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Exercice de piano
Oriana, 5 novembre 2014.
Exercice de piano
Code source de la partition

Incroyable. Je l’ai aussitôt recopié dans mon cahier puis dans mon ordinateur (si nous étions en fin d’année, je lui laisserais le soin de lilyponder la partition elle-même), en me promettant de publier ça dare-dare sur mon [site]. (Bon, dans les faits j’ai près d’un an de retard, mais on fera avec.) Depuis treize ans que j’encourage tous mes élèves à écrire leurs propres partitions (beaucoup le font avec plaisir ; d’autres se contentent plus volontiers des partitions déjà existantes, ce qui est très bien aussi), je n’avais jamais vu une chose pareille.

En particulier, la qualité de cet exercice ne cesse de me surprendre. Ce qui saute aux yeux, c’est bien sûr la rigueur de l’écriture, très systématique : d’abord deux notes répétées lentes, puis les quatre doigts qui n’ont pas encore servi ; ensuite on passe au doigt suivant, et on recommence. Il s’agit donc clairement d’une écriture pédagogique, où la qualité formelle prime sur l’expressivité musicale (d’ailleurs cette rigueur conduit même Oriana à répéter des notes, dans les deux mesures centrales de l’exercice).

Non contente de l’écrire dans un sens, Oriana le transforme ensuite en retournant les phrases en noires, qui deviennent des phrases descendantes alors que le mouvement des notes lentes continue à monter. En d’autres termes, l’exercice se complexifie dans sa deuxième partie, c’est donc une écriture progressive de par sa difficulté croissante.

Enfin, c’est une leçon pour moi-même. Mon premier réflexe en voyant cet exercice a été de proposer à Oriana de remplacer les rondes par des blanches, histoire "qu’on s’ennuie un peu moins" (ce sont mes paroles, non les siennes). Elle a refusé. Et j’ai ensuite mis presque un an à me rendre compte combien elle a entièrement raison. Car ces deux notes répétées en début de mesure, ne font pas du tout partie de la même dynamique que les phrases en noires : elles fournissent une occasion de se poser, de détendre ses muscles, de concentrer son esprit sur la position du doigt et l’articulation, et d’envisager calmement la (relative) difficulté technique qui va suivre. Bref, exactement ce que je passe mon temps à répéter à mes élèves (et qu’Oriana a saisi immédiatement, n’ayant eu que deux ou trois cours avec moi avant de rédiger cette partition) : apprendre le piano, ce n’est pas travailler le plus vite possible pour surmonter les difficultés triomphalement ; c’est au contraire savoir se détendre en toute situation, trouver pour chaque passage la façon qui nous est naturelle de l’aborder... pour que les difficultés, tout simplement, cessent d’être difficiles.

Alors certes, ça fait des mesures un peu longues : 12/4 est un chiffrage inhabituel, particulièrement pour une élève entièrement débutante qui n’avait vu jusque là que des mesures à 3 ou 4 temps. (Et, pour être tout à fait honnête, c’est moi qui lui ai signalé qu’il était nécessaire d’ajouter un chiffre de mesure.) Inhabituel, mais au demeurant parfaitement correct du point de vue de l’orthographe musicale. Et puis, où irions-nous s’il ne fallait colorier que dans les cases ?

Donc, voilà. Oriana a travaillé son exercice, comme n’importe quel autre : chaque jour pendant une semaine, puis on passe à la suite. On ne va pas y rester 107 ans non plus ; c’est qu’il lui reste tout un cahier à remplir. Un cahier, et puis une vie — mais sur ce plan-là, je ne me fais pas de souci.

Messages

  • Bonjour Valentin,

    7 ans ? Bigre, cette jeune demoiselle a en effet fait fort... Je trouve très impressionnant cette façon qu’elle a de faire travailler les écarts entre les doigts en les faisant apparaître « en avançant et en reculant »... Hanon n’est pas très loin, mais sa concurrente n’a « que » 7 ans...

    Bernard Meylan

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