1 Alors, voilà.
2 Depuis que j’ai ouvert ce [Site] dans sa première version (ce devait être fin 2004) — je ne lui ai toujours pas trouvé de nom depuis tout ce temps —, je ne compte pas le nombre de fois où des élèves (ou leurs parents) m’ont félicité pour « mon blog ».
3 Pas plus tard qu’à l’instant, tenez, ma propre mère vient de me décerner son titre de « blog préféré » (en quatrième position sur cinq, parce que quand même, hein).
5 J’ai hélas dû décliner, tout flatté que je puisse être.
6 Car, tenez-vous bien, ceci n’est _pas_ un blog.
7 Qu’est-ce qu’un blog, au fait ?
8 La définition repose sur des principes techniques (les blogs sont en général tenus par une personne unique, présentés en premier lieu sur une seule page par ordre chronologique inverse, autorisant les commentaires), sur des usages récurrents (plateformes centralisées de type blogspot/overblog/etc., systèmes de gestions de contenu type Wordpress ou Dotclear), mais aussi et avant tout sur le type de discours qui s’y tient.
9 blog est une apocope de web log, log étant ici l’aphérèse de logbook, qui désignait le cahier du capitaine d’un navire à voile au XVIe siècle, lorsque l’on jetait à la mer des logs (bouts de bois) pour repérer le sens des courants. En d’autres termes, il s’agit premièrement d’un _journal_ personnel (journal « extime », comme je l’expliquai ailleurs), construit comme un flux de billets progressant dans le temps et rarement modifiés après leur mise en ligne.
10 Bref, la dictature de l’instantané, de la réaction à chaud ou de l’humeur de l’instant.
11 J’ajouterais que nommer, de façon systématique, « blog », tout ce qui n’est pas « site officiel » (entendez : géré par une entreprise ou une institution), ne me semble pas sans effets pernicieux potentiels. C’est créer une classification arbitraire en estimant que tout citoyen qui s’exprime en ligne — que nous ne désignerons plus qu’en tant que blogueur — se trouve pris dans un ton, une écriture, un format bien particulier, qui se caractérise au premier chef par sa volatilité. De telles dichotomies purement spécieuses, et potentiellement idoines à toutes les récupérations politiques, sont exactement ce contre quoi je lutte ici (j’ai déjà abondamment pourfendu la distinction « amateur/professionnel », dont le terme blogueur n’est au fond qu’un nouvel avatar).
12 Non qu’il n’existe pas de vrais blogueurs, nombreux et parfois talentueux, qui font aujourd’hui merveille en matière, par exemple, d’humour (les Lulz), de lancement d’alerte, de vigilance citoyenne et d’analyses politiques (je ne mets pas de liens, il y en aurait trop). À tel point que ce phénomène doit conduire à une nécessaire et urgente réévaluation du métier de journaliste.
13 Mais, si j’ai effectivement fini par me retrouver seul auteur de ce [Site] (à quelques invités près, qu’il ne tient d’ailleurs qu’à vous de rejoindre, amis lecteurs), il ne traite que très peu de sujets d’actualité ou de ma vie personnelle (sauf éventuellement à titre de témoignage, à l’occasion et notamment lorsque je présente mes pièces), comporte tout juste quelques textes fantaisistes, et quelques « billets d’humeur » qui se veulent plutôt le point de départ d’une réflexion élaborée.
14 Dans l’ensemble, [Le Site] est donc moins un « journal » qu’une manière d’archive, peut-être documentaire (et sans doute assez chiante, disons-le). J’essaye ici de me présenter tel que je suis (ou aimerais être) dans l’absolu, et non tel que je suis ou me sens ici et maintenant, aujourd’hui ou hier.
16 Mais bon, ça fait quand même plaisir d’être le « blog » (ou pas) « préféré » (ou pas) de quelqu’un.
17 Fût-ce sa propre maman.
18 Ou pas.
19 Valentin.
[Le Site]
(de
Valentin Villenave.)
