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(de Valentin Villenave)

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Plus haut que son luth

mardi 19 février 2013

Le bonjour,

Par une sombre nuit de 2010, j’ai été saisi d’un funeste pressentiment : non seulement je ne publie que rarement sur ce [Site], mais ce que je publie est de plus en plus sérieux, de plus en plus long et — disons le sans ambages — de plus en plus chiant.

C’était il y a près de trois ans, et l’avenir ne fit que confirmer cette crainte ; le compteur de mots que j’avais alors hâtivement ajouté en haut de mes articles, ne descend aujourd’hui presque plus en-dessous de cinq mille mots ; la longueur de mes phrases ne montre aucune vélléité de revenir à des dimensions, disons, humaines (tenez, rien que là tout de suite je viens encore de m’embarquer dans une période déclamatoire interminable) ; mes propres réponses à des commentaires se mesurent en centaines de lignes, en dizaines de paragraphes ; et pis encore, c’est comme si je me sentais déshonoré d’écrire trois mots de suite sans y interjecter un terme bien barbare, bien prise-de-tête, du genre, je ne sais pas, épistémologie — voilà, c’est fait.

Il n’en a pas toujours été ainsi : autrefois j’étais connu pour mon sens du sarcasme foudroyant, de la formule qui tue, du concentré de vacherie (et vlan, encore une période). Tenez, par exemple, cet article qui a tant exaspéré mes lecteurs et lectrices : Clavinova, mon ami. 1000 mots à peine et tout est dit, la cause est entendue, fermez le ban : à en juger par les commentaires (souvent désopilants, quoi que très involontairement), ce genre d’écrit fait mouche.

Et voilà que, quelques années après, la trentaine approchant, je me pique de ré-expliquer tout cela en dix fois plus long, cent fois plus théorique et mille fois moins marrant, ça s’intitule Piano, la chute d’un empire, c’est vous dire si je m’empâte.

Peut-être est-ce la trentaine approchant, ou ma soudaine nature profonde de vieux con qui se révèle enfin (depuis le temps que je l’annonce, pourtant). Ou encore, peut-être ai-je de mauvaises lectures : moi qui reste à jamais complexé de n’avoir pas été un brillant universitaire, je me mets à lire des thèses, à picorer des articles de chercheurs, à glaner des ouvrages de références par-ci par-là. J’en viens même à ne plus pouvoir prendre une phrase au sérieux si elle n’est pas suivie d’un nom et d’une année (Fruckenstein, 2006) ; comble de la coquetterie, je me suis permis d’ajouter des numéros de paragraphes à mes articles (ils sont là ; ils sont discrets, insidieux, mais ils sont là)...

À chaque écrit savant que je rencontre, une petite voix s’exclame dans ma tête : "moi aussi ! moi aussi !" Moi aussi, je veux dire des choses super intéressantes (ou qui du moins paraissent telles). Moi aussi, je veux m’atteler à de graves questions et les étudier à fond ; moi aussi je veux pouvoir faire de grandes phrases sans crainte de paraître poéter plus haut que mon luth !

Alors, voilà. Je vais faire un peu de ça, en attendant de voir si ça passe.

Épistémologiquement.

Bonne lecture !

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