Les bouleversements sociétaux à la pointe desquels se situe le mouvement Libre, entrent en collision non seulement avec un ordre établi (social, économique) mais aussi avec des modes de pensée. Ainsi, tout libriste a pu entendre, un jour ou l’autre, la réflexion typique du consommateur de base : « si ce logiciel est gratuit, c’est qu’il est sûrement moins bien que les autres ».
Déjà subtile en elle-même (la distinction Libre/gratuit en est un exemple), l’éthique Libre se complexifie exponentiellement dès lors que l’on quitte la sphère utilitaire pour la sphère esthétique : l’art et la culture. Intrinsèquement chargée de subjectivité et d’affects, la culture aujourd’hui subit de plus les conséquences des révolutions artistiques, formelles, langagières du XXe siècle ; c’est donc à un double manque de repères que doit faire face tout artiste ou auteur, à plus forte raison s’il fait le choix des licences Libres.
Dans un contexte aussi complexe, les croyances et les faux-semblants se multiplient. Ainsi, à la question du rapport gratuité/qualité, que nous évoquions, se superpose la distinction arbitraire amateur/professionnel — argument récurrent des opposants aux licences Libres et à la diffusion par Internet. Doit-on vraiment choisir entre être Libriste et être « pro » ? Se forme ainsi peu à peu un enchevêtrement de croyances, un bestiaire fantastique où l’artiste/auteur Libre doit s’orienter lui-même — car encore aujourd’hui, faire le choix du Libre en matière culturelle, c’est devoir se résigner à un isolement inévitable, plus encore que dans le logiciel Libre.
La présente intervention se propose de partir de ces quelques questions pour amener une réflexion plus large sur la place de l’artiste (Libre) dans la société actuelle, et de donner quelques pistes concrètes aux artistes et auteurs qui pourraient s’interroger sur les conditions, les modalités ou les conséquences du choix des licences alternatives. Elle s’adresse également aux développeurs et à la communauté au sens large, chez qui les questions de diffusion et, surtout, de création culturelle sont souvent méconnues et peu intégrées.
[Le Site]
(de
Valentin Villenave.)