Détrompez-vous : d’après mes statistiques cette page est l’une des plus consultées sur ce [Site].
Désolé, j’étais effectivement passé à côté de votre propos...
En ce qui concerne Mozart et le romantisme, cela mériterait un article à part entière ; à mon sens Mozart est un compositeur pleinement romantique, non seulement dans son écriture mais (peut-être surtout) dans sa personnalité même : chez lui comme chez beaucoup de compositeurs du siècle suivant, il y a, au centre même de l’écriture, cette question de l’auteur en tant qu’individu, et son rapport au monde (qui se traduit souvent par une notion de solitude).
On pourrait aussi évoquer, ce qui constitue pour moi le véritable tournant du romantisme, son rapport à la religiosité (il est de la génération des révolutionnaires français) : on se trouve ici en présence d’une messe, mais qu’est-ce qui relève réellement du sacré (la question se pose aussi dans le Requiem) — La forme, le contexte d’écriture (commande, etc), et peut-être (en allant chercher un peu loin) une évocation de l’homme (l’auteur, en l’occurrence) seul face à Dieu ? En tout cas, ce n’est absolument pas le type d’œuvre destinée à être chantée en chœur par les fidèles, comme l’on peut trouver chez les compositeurs baroques.
Ceci n’étant, bien entendu, que mon sentiment personnel et parfaitement empirique ; je ne suis en aucun cas spécialiste de la chose. D’ailleurs mon propre point de vue ne peut qu’interférer ici : il ne faudrait pas me pousser beaucoup, par exemple, pour que j’avance l’hypothèse que Mozart, au moment où il écrit ces lignes, raisonne en termes de musique de concert, et se soucie fort peu de la religion.
Maintenant, pour en revenir plus concrètement à l’extrait "Et incarnatus est", je ne peux pas vraiment en dégager des traits "spécifiquement" romantiques (quand bien même une telle chose existerait). Les quelques remarques qui me viennent, à première lecture, sont :
– absence de basse continue (ce qui marque une différence notable avec le "Qui tollis" de l’article ci-dessus)
– tierces chromatiques descendantes au début (je ne sais pas si c’est romantique, mais c’est assurément très expressif) — notez d’ailleurs que cela s’inscrit dans une marche harmonique modulante, j’en veux pour preuve la ligne de basse
– écriture soliste des bois (on entend particulièrement la flûte), très mélodique — là encore, grande différence avec "Qui tollis" — notez d’ailleurs la symétrie dans les deux premières phrases de bois : mesure 7 ils entrent en imitation du plus aigu (la flûte) au plus grave (le basson), et mesure 14 c’est l’inverse (tant que j’y suis j’attire votre attention sur le retard de la flûte, le do tenu mesure 8 et 9, qui est très joli)
– écriture par groupes, comme très souvent chez Mozart : voir les ponctuations des cordes mesures 11 et 12
– on pourrait étudier de façon méthodique les intervalles disjoints dans les mélodies (en particulier chez la flûte et la soprano). Je vous ai déjà montré que plus les intervalles étaient larges, plus expressifs devenaient les gestes musicaux ; à ce titre la phrase "ex Maria Virgine" est un excellent exemple.
Voilà quelques pistes, éventuellement à approfondir.
Quant à l’utilité des supermarchés culturels, c’est une manière de voir les choses. Très curieusement, j’entends très rarement les gens remercier les grévistes de la RATP pour leur faire découvrir les joies du vélo et de la marche à pied : c’est pourtant un raisonnement qui rejoindrait le vôtre...
Détrompez-vous : d’après mes statistiques cette page est l’une des plus consultées sur ce [Site].
Désolé, j’étais effectivement passé à côté de votre propos...
En ce qui concerne Mozart et le romantisme, cela mériterait un article à part entière ; à mon sens Mozart est un compositeur pleinement romantique, non seulement dans son écriture mais (peut-être surtout) dans sa personnalité même : chez lui comme chez beaucoup de compositeurs du siècle suivant, il y a, au centre même de l’écriture, cette question de l’auteur en tant qu’individu, et son rapport au monde (qui se traduit souvent par une notion de solitude).
On pourrait aussi évoquer, ce qui constitue pour moi le véritable tournant du romantisme, son rapport à la religiosité (il est de la génération des révolutionnaires français) : on se trouve ici en présence d’une messe, mais qu’est-ce qui relève réellement du sacré (la question se pose aussi dans le Requiem) — La forme, le contexte d’écriture (commande, etc), et peut-être (en allant chercher un peu loin) une évocation de l’homme (l’auteur, en l’occurrence) seul face à Dieu ? En tout cas, ce n’est absolument pas le type d’œuvre destinée à être chantée en chœur par les fidèles, comme l’on peut trouver chez les compositeurs baroques.
Ceci n’étant, bien entendu, que mon sentiment personnel et parfaitement empirique ; je ne suis en aucun cas spécialiste de la chose. D’ailleurs mon propre point de vue ne peut qu’interférer ici : il ne faudrait pas me pousser beaucoup, par exemple, pour que j’avance l’hypothèse que Mozart, au moment où il écrit ces lignes, raisonne en termes de musique de concert, et se soucie fort peu de la religion.
Maintenant, pour en revenir plus concrètement à l’extrait "Et incarnatus est", je ne peux pas vraiment en dégager des traits "spécifiquement" romantiques (quand bien même une telle chose existerait). Les quelques remarques qui me viennent, à première lecture, sont :
– absence de basse continue (ce qui marque une différence notable avec le "Qui tollis" de l’article ci-dessus)
– tierces chromatiques descendantes au début (je ne sais pas si c’est romantique, mais c’est assurément très expressif) — notez d’ailleurs que cela s’inscrit dans une marche harmonique modulante, j’en veux pour preuve la ligne de basse
– écriture soliste des bois (on entend particulièrement la flûte), très mélodique — là encore, grande différence avec "Qui tollis" — notez d’ailleurs la symétrie dans les deux premières phrases de bois : mesure 7 ils entrent en imitation du plus aigu (la flûte) au plus grave (le basson), et mesure 14 c’est l’inverse (tant que j’y suis j’attire votre attention sur le retard de la flûte, le do tenu mesure 8 et 9, qui est très joli)
– écriture par groupes, comme très souvent chez Mozart : voir les ponctuations des cordes mesures 11 et 12
– on pourrait étudier de façon méthodique les intervalles disjoints dans les mélodies (en particulier chez la flûte et la soprano). Je vous ai déjà montré que plus les intervalles étaient larges, plus expressifs devenaient les gestes musicaux ; à ce titre la phrase "ex Maria Virgine" est un excellent exemple.
Voilà quelques pistes, éventuellement à approfondir.
Quant à l’utilité des supermarchés culturels, c’est une manière de voir les choses. Très curieusement, j’entends très rarement les gens remercier les grévistes de la RATP pour leur faire découvrir les joies du vélo et de la marche à pied : c’est pourtant un raisonnement qui rejoindrait le vôtre...